02 mars 2022
J’aime bien les gens qui sont à la plage. Je ne parle pas là des furtifs, à peine arrivés sitôt à l’eau, et à peine séchés sitôt repartis vers d’autres activités, non je parle de ceux pour qui être à la plage est une activité à part entière, pour qui cela occupe la plus grande partie de la journée. Aller à la plage se prépare, il y a deux écoles, privilégiera-t-on le tôt le matin et retour au moment où le soleil devient vraiment trop fort, ou sera-t-on du second quart, celui de l’après-midi (pas trop tôt du fait du soleil) jusqu’à la soirée ? Il y a un équipement minimal auquel on ne peut échapper quel que soit le moment que l’on choisit, cet équipement prendra place dans le sac de plage, on y trouve bien entendu de la crème solaire, des serviettes de bains, une grande toile pour pouvoir s’étendre de tout son long, des lunettes de soleil, casquette ou chapeau, dans une petite pochette accompagnant les précieuses clefs de la maison, quelques pièces de monnaies pour acheter une de ces friandises que l’on ne se permet que sur la plage ou bien une glace ou encore le pain que l’on ne manquera pas d’acheter sur le chemin du retour, mais pas trop d’argent, on pense toujours que le risque de perdre son argent s’accroît fortement dès lors que l’on se trouve sur du sable, inoubliables sont aussi le roman de l’été que l’on lit sur la plage, accompagné souvent de quelques journaux ou magasines (c’est étrange, c’est au moment où l’information a le moins d’influence sur nous que l’on lit des journaux ou magasines de la première à la dernière page), cahier de sudoku ou de mots fléchés avec crayon à papier, et si vous avez des enfants en bas âge, les jouets de plage, seaux, râteaux, et pelles sont indispensables, si les enfants sont un peu plus âgés, vous ne couperez pas au ballon, au masque et palmes et cauchemar des oreilles, ces atroces raquettes en bois avec une balle en caoutchouc dont le bruit navrant me fait regretter la découverte du caoutchouc et de ses applications par les naturalistes français Charles Marie de La Condamine et François Fresneau de La Gataudière, que leur contribution à cette nuisance balnéaire soit ici stigmatisée !
Mangera-t-on sur la plage ? Là l’infrastructure devient importante, nourriture, boissons, parasol, gobelets viennent s’ajouter à l’équipement de base du plagiste chevronné, la plage, cela ne s’improvise pas !
Une fois arrivé sur la plage, on choisit son emplacement, en général pas trop proches les uns des autres (quoiqu’il y ait de véritables spécialistes qui se colleront à vous même si la plage est quasi déserte), mais pas trop loin non plus, pas trop loin des secours ou de l’escalier ou des autres gens (le plagiste a conscience de sa petitesse, d’évoluer dans un environnement dans lequel il ne pèse pas lourd en cas de colère des éléments), puis on installe ses serviettes comme le faisaient nos ancêtres nomades-cueilleurs quand ils établissaient le camp pour la nuit, on définit son périmètre, son territoire, et enfin commence réellement la plage. D’abord on observe assez attentivement les personnes qui nous entourent (que ce soit l’apollon ou la naïade avec envie, mais aussi et avec une curiosité quasiment malsaine que les lunettes de soleil et le dénuement dans lequel chacun se trouve permettent et qui ne passerait pas du tout dans un wagon de métro, la vielle dame fripée ou le monsieur énorme). C’est fou le temps que l’on passe à examiner ses contemporains sur la plage ! C’est surement le plus clair de notre temps de plage une fois retranchés le temps de lecture et la rapide sieste d’après baignade afin de se réchauffer au soleil. A force de scruter ses voisins, on en reste souvent assez rêveur, le regard perdu dans le bleu de la mer ou du ciel, comme un moment d’apesanteur, cotonneux durant lequel enfin on ne pense à rien, on ressent à peine la légère brise ou le soleil piquant. C’est bien simple on dirait même que l’on s’ennuie un peu. Et c’est un peu vrai, on ne saurait dire par quoi notre esprit est occupé, nous ne sommes plus que vacuité, silence et paix. Voilà ce qui explique que l’on puisse passer des heures à la plage, ce ne sont pas les plaisirs des deux bains de mer, ou la vaine vanité de paraître bronzé au retour de nos vacances qui nous attirent à la plage, ce sont ces moments hypnotiques durant lesquels on n’entend plus ni le bruit des baigneurs, ni les cris des vendeurs, durant lesquels on flotte à la surface de la réalité qui font que chaque année, on ressent ce besoin d’aller à la plage.
Alors oui, c’est vrai j’aime bien les gens qui restent, contemplatifs des heures à la plage et s’y laissent bercer par les couleurs et l’infinie poésie de la mer, du ciel, du sable et de la naïade magnifique au maillot de bain blanc si beau sur sa peau dorée insultante de jeunesse.
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