La vérité ou l’émotion ?

10 février 2022
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Je commencerai cette chronique en citant un de mes auteurs favoris Michel Audiard qui disait : « La vérité et la Vierge Marie ont ceci de commun c’est qu’elles se doivent d’apparaître de temps en temps ne serait-ce que pour entretenir le mythe. »

La vérité, voilà un truc qui n’intéresse plus personne, qui n’a plus beaucoup de valeur, ça ne dérange même plus, on s’en fout de la vérité.

Avant c’était une vertu cardinale, quand on la disait le silence se faisait et le débat était clos. Aujourd’hui elle n’a plus le même impact et vous savez pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui il n’y a qu’une chose qui compte, c’est l’émotion. Du coup il n’y a plus de place pour autre chose, plus de place pour le raisonnement, l’argument, la réflexion, l’intelligence, non fini tout ça, ce qui compte c’est l’émotion. D’ailleurs quand il y a de l’émotion il n’y a plus de possibilité de remettre en cause ce qui a créé cette émotion. Il y a donc de nombreux sujets qui ne sont plus discutables car cela fait battre le petit cœur d’un nombre appréciable d’incultes émotifs pour qui réfléchir ne signifie plus rien.

Le meilleur exemple est la corrida. On n’entend parler que ceux qui sont contre et qui sont capables de pleurer en vous décrivant l’agonie du taureau, ce qui leur tient lieu de seul argument. Se sont-ils simplement posés la question de la symbolique de la corrida, de l’esthétique de la corrida, de l’utilité dans le parcours initiatique de chaque personne issue d’une culture qui admet cette activité ? Non impossible et inutile, la vision de ce taureau ensanglanté les aveugle et rend toute discussion ou réflexion impossibles.

Il en va de même pour la plupart des sujets. Qui ose dire même en laissant passer un délai de deuil raisonnable, comment en sommes-nous arrivés là quant aux attaques terroristes ? Pourquoi ? C’est si dur que cela de se remettre en cause un peu ou de vouloir comprendre, pas excuser, comprendre et pas seulement ressentir ? Ou encore de bien vouloir regarder en face une réalité qui peut faire peur ?

Si ce courage là nous manque alors tout est perdu ! Nous ne serons plus jamais un pays ou une nation. Si on ne prépare pas son avenir avec de la réflexion et que l’on n’assume pas son passé, il ne nous restera qu’un présent sans racine et sans but.

Quand verra-t-on un responsable arrêter de faire de la comm et dire réellement les choses ? S’interroger sur l’enchaînement des choses c’est d’abord essayer d’en comprendre les causes. Quand regarderons-nous en face notre futur à la lumière de notre passé et non au nom d’un modernisme déraciné et abscons qui postule que tout était moins bien avant ? Quand admettra-t-on qu’il nous suffit de rechercher la vérité pour savoir si une personne a raison ou pas au lieu de masquer tout cela dans des lois liberticides ou la rampante dictature du politiquement correct qui impose à chacun de ne rester qu’à la surface des choses et de se contenter d’un monde médiatico-spectaculaire ?

Un exemple à ce sujet et brulant d’actualité, quand un Zemmour dit il y a quelques années que la majorité des personnes qui sont détenues en France sont des noirs et des arabes, la question n’est pas de savoir si c’est une incitation à la haine raciale, s’il a le droit de dire cela dans les médias ou s’il faut qu’il perde son travail sur telle ou telle chaîne, la seule manière de répondre à cette affirmation est de connaître la vérité. Zemmour est un journaliste, soit il a raison et je ne vois pas en quoi on peut l’attaquer en justice, soit il a tort et rien de plus facile que de lui tendre les chiffres pour le réfuter et le décrédibiliser.

Pourquoi personne n’a ce type de réaction posée, raisonnée et efficace, parce que l’émotion ça fait plus vendre ?

L’équilibre de notre société repose d’ailleurs sur l’organisation et la ritualisation des émotions de chacun. Ainsi un événement très émouvant comme peut l’être une agression à votre encontre, est pris en charge par la justice qui n’étant pas partie va pouvoir raisonner et rendre une décision qui ne sera pas marquée par l’émotion mais qui sera guidée par la raison et sera en cela acceptable par les parties et bénéfique pour la société. C’est la définition même de ce degré de civilisation que représente la justice, loin de l’émotion qui vous pousse à vous venger.

On a ritualisé les enterrements là encore pour donner toute sa place à l’émotion et même en rajouter (la musique, les hommages, les discours, les fleurs, l’encens, le décorum, tout ce qui constitue l’enterrement est l’espace dédié à l’émotion et même à son amplification), en revanche quelques mois plus tard quand vous êtes chez le notaire pour la succession, il n’est plus question de tout cela puisque l’on se trouve sur le terrain de la raison qui est là pour régler les rapports entre les gens et entre l’état et les gens. Quand on perd cette notion de raison, et que l’on laisse l’émotion guider tous ses actes, on se retrouve dans des pays où il devient difficile de vivre ensemble, les émotions si on les mesure avec le cœur et non avec le cerveau, on peut toujours les justifier, or le but n’est pas de justifier ou de contredire, c’est d’analyser et de tenter en toutes matières d’approcher la vérité, et pour cela on n’a jamais fait mieux qu’un raisonnement.

Laissons à l’émotion la place et les domaines qui lui reviennent de droit, la littérature, le cinéma, la chanson, les arts en général, le sport, les hauts faits, mais ne votons pas une loi en réponse à un évènement qui émeut l’opinion, on est certain d’avoir une loi de toutes façons redondante et généralement mauvaise ou inapplicable.

Et puis tous les bouchers-tripiers vous le diront, rien ne va moins bien avec la cervelle que le cœur.

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