11 novembre 2021
C’est à cause ou grâce au traité luso-britannique de 1373 que la toute jeune république portugaise qui a été proclamée en 1910 se trouve entraînée dans la première guerre mondiale. En effet, après avoir assuré l’Angleterre de son soutien matériel dès août 1914, un pas est franchi en décembre 1915, les anglais demandent aux portugais la réquisition de tous les navires allemands mouillant dans les ports portugais. Ce sera chose faite le 24 février 1916, en conséquence, l’Allemagne déclare la guerre au Portugal le 9 mars 1916.
Le Portugal voit dans cette entrée dans le concert des nations européennes un moyen de conforter l’unité nationale et de mettre fin à l’instabilité politique intérieure qui règne après le renversement de la monarchie.
Le Corps Expéditionnaire Portugais (CEP) est constitué et envoyé à l’instruction, confié au général Tamagnini, il débarque à Brest en février 1917. Il est d’abord stationné à Aire-sur-la-Lys, dans le Pas-de-Calais. Il est alors rattaché au 11ème corps de la 1ère armée britannique du général Horne. En octobre 1917, le CEP comptera 56.500 hommes.
En novembre 1917, le général Horne confie au CEP la défense d’un front de 11 kilomètres dans les Flandres françaises. La zone à défendre est très boueuse. Les soldats portugais ont d’énormes difficultés à s’adapter aux conditions climatiques de l’hiver 1917-1918.
En décembre 1917, le gouvernement portugais est renversé par un coup d’état. Remettant en cause l’engagement du Portugal auprès des Alliés, le nouveau gouvernement établit un système de permissions beaucoup moins strict autorisant le prolongement des séjours au pays. Le CEP est donc très vite confronté à un manque d’officiers pour encadrer ses troupes.
Quand la bataille de la Lys éclate le 9 avril 1918, les deux divisions du CEP, incomplètes et mal encadrées, doivent affronter sur leur secteur près de dix divisions allemandes en trois lignes successives. Malgré quelques points de résistance, les soldats portugais sont balayés par l’offensive allemande « Georgette ». Le 13 avril, les unités portugaises sont envoyées en soutien de la 14ème et de la 16ème divisions britanniques entre Lillers et Steenbecque. Elles sont alors regroupées en une seule division et participent à l’offensive alliée de l'été 1918. Quand le cessez-le-feu est ordonné le 11 novembre 1918, les Portugais ont atteint l’Escaut et sont entrés en Belgique.
Sur près 56.500 hommes mobilisés, le Portugal doit déplorer en 1918 environ 2.100 morts, 5.200 blessés et 7.000 prisonniers.
Un seul nom est passé à la postérité, celui du soldat Aníbal Augusto Milhais, un paysan originaire de Valongo (Trás-Os-Montes).
Pendant cette fameuse bataille de la Lys, et au moment où les alliés battent en retraite sous les coups de butoir de l’ennemi, le jeune Aníbal se laisse surprendre, et se retrouve tout seul caché dans un abri rempli de munitions.
Il choisit d’affronter l’ennemi seul. Il saute alors hors de ce trou qui aurait pu être sa tombe, et il décide d’affronter les Allemands l’arme à la main, jouant sa vie à chaque seconde. Autant mourir pour la cause qu’il défend. Le jeune Portugais réussit à balayer une colonne de soldats allemands qui poursuit en moto les soldats alliés qui tentent de se replier. Après cet acte héroïque, une autre colonne d’Allemands l’encercle, essuyant des tirs nourris, l’ennemi pense trouver dans la tranchée un grand nombre de soldats alliés, mais ils ne découvrent que le tout petit et frêle Annibal, le visage noirci par la boue, qui lutte désespérément pour sa vie, et qui tient fermement à la main une mitraillette qu’il a eu tout juste le temps de recharger.
Bénéficiant peut-être de cet effet de surprise, Anibal décharge son arme sur les hommes qui lui font face, certains d’entre eux meurent et les autres prennent la fuite.
Mais le soldat Milhais n’en reste pas là. Il sauve la vie d’un médecin écossais, l’empêchant de se noyer dans un marais. C’est ce dernier qui informera les alliés de ces faits de bravoure.
“Tu t’appelles Milhais”, lui dira son commandant, “mais tu en vaux des millions”. Et c’est ainsi que cette histoire fera le tour du monde, qu’il deviendra le “Soldado Milhões”, le “Soldat Millions”, et que même le nom de son village sera transformé en Valongo de Milhais.
La guerre terminée, le jeune soldat rentrera tranquillement chez lui et redeviendra le paysan anonyme qu’il était, il fondera une famille et aura huit enfants.
Grâce à cet exploit héroïque, Aníbal Augusto Milhais a été le seul soldat du rang à être décoré du collier de l’Ordre de Torre e Espada, la plus haute distinction militaire portugaise.
Voilà pourquoi il y a Avenida da Libertade à Lisbonne un monument aux morts portugais de la première guerre mondiale, voilà pourquoi le 11 novembre est aussi une date dans l’histoire du Portugal.
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