09 décembre 2021
L’Alentejo, c’est beau, et l’Alentejo en automne, c’est très beau, comme en témoignent ces images. L’automne en Alentejo arrive juste après les vendanges, le raisin est en train de se changer patiemment en vin, pendant ce temps, les hommes ont encore un travail à faire avant que ne vienne l’hiver, celui de cueillir les olives. Nous sommes sur des parcelles d’oliviers appartenant à la Herdade dos Alfanges, un domaine oléicole de très grande qualité et qui nous servira de guide dans ce que l’on appelle en Provence l’olivade.
Pour cueillir les olives, il y a 4 principales façons de procéder, soit avec la façon la plus moderne, en utilisant ce mini-tracteur qui déploie sous l’olivier comme un parapluie qui va récolter les olives qui sont cueillies au moyen de fourches électriques qui secouent les rameaux des oliviers permettant aux olives de tomber sans abimer l’arbre, soit il est une manière un peu plus ancestrale qui même si elle utilise elle aussi cette sorte de fourche électrique, consiste à étendre sous l’arbre une toile qui va récolter les olives, il existe aussi des machines très couteuses qui secouent les oliviers et enfin des oléiculteurs qui gaulent les olives au moyen de grandes perches, quelle que soit la méthode utilisée, il vous faut patiemment aller d’arbres en arbres et faire tomber tous les précieux fruits de l’olivier. Les rendements sont en la matière très très fluctuant, ainsi 2021 semble être une très bonne année, et quand je vous dis que les fluctuations sont importantes, sachez par exemple que la récolte de 2021 est à la Herdade dos Alfanges cinq fois plus importante que celle de 2020.
Savez-vous pourquoi il y a à la fois des olives noires, vertes ou violettes ?
Non ce ne sont pas des espèces différentes, il s’agit simplement du degré de maturité et tout l’art est de cueillir les olives au bon moment pour en tirer la meilleure huile possible. Les fruits de l’oleastre (l’olivier sauvage) sont cueillis par l’homme depuis des millénaires, et sa culture coïncide avec les débuts de l’agriculture. Originaire du bassin méditerranéen, cette plante est rapidement le pourvoyeur de la seule matière grasse transportable, stockable et exportable sur de longues distances, les grecs, les phéniciens vont propager la culture de l’olivier tout autour du bassin méditerranéen, en Mésopotamie et sur les rives de la mer Noire. Ce commerce est durant des siècles très florissant, c’est avec la révolution industrielle et la primauté des économies « du nord » utilisant du beurre que le marché de l’huile d’olive commence à décliner, mais la mise en évidence de vertus bénéfiques de ce produit à la fin du XXe siècle relance sa consommation et sa production.
C’est dans ce domaine de l’Alentejo haut lieu d’oléiculture du Portugal que nous allons suivre le chemin de l’arbre jusqu’à la bouteille d’huile d’olive. Ce domaine est la propriété de la famille Berger, de charmants helvètes qui passent leur retraite à exploiter ce domaine sur lequel les oliviers ont entre 300 et plus de 1000 ans, sur lequel paissent 250 moutons sous les oliviers et ce domaine enfin qui ressemble à ce que l’on faisait au moyen-âge en ce sens que les oliviers côtoient sur la même parcelle les chênes-lièges et les chênes verts, créant un écosystème que nos habitudes productivistes ont supprimé en plantant de façon assez serrée des oliviers et rien que des oliviers ou des chênes-lièges et rien que des chênes lièges, négligeant un équilibre qui peut éviter et limiter les épidémies de parasites ou de maladies par exemple.
Cette année la récolte est excellente tant en qualité qu’en quantité, et les meilleurs alliés d’un oléiculteur, ce sont ses arbres, ce sont eux qui savent faire des olives desquelles l’homme n’a plus qu’à tirer la meilleure huile possible, et ici à l’Herdade dos Alfranges, les meilleurs arbres sont plus que millénaires, c’est dire s’ils connaissent leur métier ! Au passage admirez ces arbres magnifiques, et songez qu’ils ont vu les arabes maîtres de l’Alentejo, ont entendu parler des croisades, qu’ils se rappellent parfaitement des voyages de Magellan et Vasco de Gama, qu’ils ont aussi connu Christophe Collomb et qu’ils n’étaient plus des jeunes pousses sous Louis XIV ou la révolution française, ce qui ne les empêche pas de continuer à donner années après années des olives de qualité exceptionnelle aux hommes qui prennent soin d’eux. C’est grâce à eux que le Portugal est le 10e pays producteur d’huile d’olive quand la France n’est que le 21e et que les 3 premiers sont l’Espagne, l’Italie et la Grèce.
Nous verrons dans un prochain reportage comment on passe du fruit à l’huile dans la Herdade dos Alfanges, ce magnifique domaine situé à côté de Viana do Alentejo, entre Evora et Beja.
Commentaires(0)