J’aime bien les gens

07 février 2023
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J’aime bien les gens qui sont à ma plage. Quand je dis ma plage, cela n’insinue aucune notion de propriété, comme si je disais mon fromager, pas comme si je disais mon jardin. Ma plage, je l’appelle ainsi car c’est une plage finalement assez quelconque, pas un plage de grand dimanche sur laquelle on passe de nombreuses heures et qui est grande, majestueuse et fréquentée, comme une sorte de plage de standing, pas une plage de grandes vagues que l’on fréquente quand la houle déverse de généreuses vagues à surfer, non c’est une plage de tous les jours, une plage du quotidien, c’est une de celles qui est la plus proche de chez moi, c’est celle sur laquelle je vais me rafraîchir quand la journée a été particulièrement chaude ou pesante. Je n’y passe jamais très longtemps, une grosse heure peut-être, en fin de journée le plus souvent. Cette plage n’a rien de particulier, elle est assez petite, accoudée à une digue sur laquelle certains pêchent, d’autres font du yoga ou des étirements. Quelques parasols et transats à louer, quelques marches à descendre pour l’atteindre, deux bistrots la bordent ainsi qu’une promenade, c’est quasiment une plage de banlieue, une plage vaguement anonyme que rien ne distingue des autres plages.

Et pourtant je ne vais que sur cette plage, j’y trouve un calme qu’il devient rare de trouver sur bien des plages. Elle est fréquentée par quelques touristes, de jeunes mères avec des enfants en bas âges et des familles, et croyez-moi, je n’y ai jamais entendu la moindre pollution de ces inventions diaboliques que sont les enceintes portables et les téléphones non moins portables, pas un boum-boum, pas une voix braillarde, que ce soit de la part des personnes qui fréquentent cet endroit comme de la part des deux bistrots. Ici on aime le calme, on le respecte, on le chérit, le seul bruit autorisé est celui de la mer, c’est un de mes bruits préférés avec le crépitement rassurant d’un feu de cheminée ou l’atmosphère particulière d’un sous-bois. La leçon que nous donne cette plage c’est que moins il y a de bruit, moins on fait de bruit, on a une révérence naturelle pour le silence, comme quand on pénètre dans une église. Ainsi j’ai toujours sur cette plage le sentiment que les conversations sont réduites à leur minimum, ou alors ce sont des murmures à l’oreille entre amoureux discrets, même les petits enfants semblent enchantés par cette quiétude et ils jouent sans crier ni hurler, c’est une plage de grand repos, de sagesse et de sérénité. 

Ma plage regarde le sud, on n’a pas la chance de voir des couchers de soleil incendiaires à l’horizon, elle n’est pas bordée de pins ou de palmiers qui lui donnent un air floridien ou grec, elle n’a presque rien pour elle, jusqu’au sable qui, manquant de finesse, annonce bien les galets que l’on trouvera en entrant dans l’eau.

En revanche quand le soleil se couche, et juste avant qu’il ne disparaisse derrière les derniers bâtiments de la ville si proche, on ressent dans la lumière orange qui rend chacun plus beau qu’il ne l’est, comme une impression singulière d’intimité. Le silence est là, seuls demeurent un peu de vent et le ressac, c’est pour ces moments suspendus, hors du temps, ces silences qui n’en sont pas mais nous font oublier la promiscuité de nos frères humains dont la présence est souvent gênante, voire nuisible.

Je vous encourage tous à vous trouver un lieu, un moment, comme celui que je vis quand je vais sur ma plage, je vous conseille de vous isoler quelques fois des bruits des hommes, des nuisances de tous ces humains sans éducation qui ne se sont jamais demandés si les personnes qui les entourent ont-elles aussi envie d’entendre leur musique, diffusée à un volume bien trop fort, d’ailleurs la « musique » qui nous agresse au quotidien où que l’on aille (dans les parkings, les ascenseurs, les restaurants et pire encore de trop nombreux magasins, et autres lieux dans lesquels la musique est toujours trop présente), a pour but de nous empêcher de penser et elle participe fortement du stress de la vie moderne en nous privant le plus possible de ce silence si nécessaire mais si peu propice à la consommation.

Alors oui, c’est vrai j’aime bien les gens de ma plage, et je les aime particulièrement car leur présence me semble toujours légère, respectueuse, attentive aux autres, ce genre d’attitude devient difficile à trouver, à susciter et pour beaucoup à adopter. Si vous venez sur ma plage, sachez que vous entrez en un lieu de recueillement, respectez et encouragez le silence des autres par le vôtre, vous sentirez à quel point ce silence est précieux.

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